Au début des années 1980, Mercedes-Benz prépare le renouvellement de ses berlines de moyenne et de haute gamme. Hayon vitré, calandre profilée, seuil de chargement abaissé, optiques rectangulaires, antibrouillards intégrés au pare-chocs, protections de bas de caisse et nouvelles motorisations : plusieurs de ces pistes annoncent les évolutions qui se concrétiseront avec la Mercedes-Benz W124, présentée en 1984.
Auto 2000 : le laboratoire roulant qui annonce la W124
Présenté au début des années 1980, le prototype expérimental Mercedes-Benz Auto 2000 illustre les recherches du constructeur en matière d’aérodynamique, de consommation et de conception automobile. Son coefficient de traînée témoigne du travail réalisé pour réduire la résistance à l’air. Les outils informatiques prennent alors une place croissante dans les études et le développement des véhicules.




De l’étude de style à la maquette à l’échelle 1:1


Bruno Sacco, l’homme derrière le style de la W124
D’origine italienne, Bruno Sacco joue un rôle majeur dans l’identité stylistique de Mercedes-Benz. Au sein du bureau de style de Sindelfingen, il travaille notamment avec Joseph Gallitzendörfer et Peter Pfeiffer sur la conception de la série 124.
Entré chez Daimler-Benz en 1958, il gravit progressivement les échelons de la conception automobile. Il contribue à définir le langage stylistique de plusieurs modèles emblématiques, dont la Classe S W126 et la série 124. Il succède à Friedrich Geiger à la tête du département de style en 1975, devient directeur de la conception en 1987, puis rejoint le conseil d’administration en 1993.
Le cahier des charges de la Mercedes-Benz W124
Mercedes-Benz fixe des objectifs ambitieux : transporter cinq personnes et leurs bagages dans de bonnes conditions de confort et de sécurité, tout en maîtrisant les coûts d’utilisation. Le projet intègre également la question du recyclage des matériaux en fin de vie, un sujet appelé à prendre une importance croissante dans l’industrie automobile.
L’aérodynamique doit contribuer à réduire la consommation de carburant et les bruits de roulement et d’écoulement d’air. Les angles et les arêtes sont soigneusement étudiés pour limiter la résistance à l’avancement. À l’arrière, la forme des feux participe à l’abaissement du seuil de chargement, tandis que la malle offre un volume de coffre généreux.
Le pilotage du projet « Mittelklasse » (1977-1984)
Ingénieur de formation, Werner Breitschwerdt rejoint Daimler-Benz en 1953. Personnage clé de la maison à l’étoile, il gravit les échelons jusqu’à devenir directeur du développement de la division automobile en 1977, puis président du directoire (CEO) de Daimler-Benz de 1983 à 1987.
Grand défenseur de la « sur-ingénierie » — une philosophie emblématique de l’âge d’or de Mercedes-Benz, où la qualité et la durabilité primaient sur les coûts —, il est considéré comme l’un des artisans de la fiabilité légendaire de la marque.
La W124, lancée fin 1984 pour remplacer la W123, constitue l’un des projets majeurs de sa carrière. Lorsque le programme W124 démarre officiellement en juillet 1977, Werner Breitschwerdt prend la direction des opérations de la recherche et du développement. Il fixe des objectifs particulièrement ambitieux pour l’époque : réduire la consommation, améliorer l’aérodynamisme et franchir un cap majeur en matière de sécurité passive et active.
Du concept de juillet 1980 à la ligne définitive
La remplaçante de la W123 prend progressivement forme, avec les recherches aérodynamiques menées en parallèle sur la W201, future Mercedes-Benz 190. La première maquette grandeur nature présente déjà une silhouette proche du modèle définitif. Quelques détails restent toutefois à corriger : la malle arrière est encore trop haute et bombée, sa commande d’ouverture se trouve sous l’étoile, et le bandeau sous les optiques est plus imposant.
Ces ajustements permettront d’affiner les proportions et d’alléger visuellement la carrosserie, dont la ligne se démarque nettement des modèles précédents.
À ce stade du projet, certaines études portent la désignation « ME » après la cylindrée, comme sur cette 280 ME. Le « M » renvoie à Mittelklasse, la classe moyenne, tandis que le « E » désigne l’injection électronique. Cette désignation provisoire évoluera avant la commercialisation.




Novembre 1984 : un prototype de pré-série dans l’Auto-Journal
En novembre 1984, L’Auto-Journal publie une photographie exclusive d’un prototype roulant de pré-série de la W124. La calandre et les optiques sont dissimulées afin de préserver la confidentialité du design. Malgré ce camouflage, la silhouette et le travail aérodynamique sont déjà perceptibles.
La démarche s’inscrit dans la continuité des recherches menées sur la W201, la Mercedes-Benz 190, et prépare le renouvellement de la gamme des berlines 200 à 300.
Deux détails méritent l’attention des passionnés : le petit becquet arrière, absent de la version de série mais que l’on retrouvera sur certaines préparations, notamment chez AMG, et l’absence de rétroviseur extérieur droit.
Direction l’Espagne
Après plusieurs années d’études, d’essais et de développement, la Mercedes-Benz W124 est présentée à la presse à Séville, en Espagne, en novembre 1984. Cette nouvelle génération doit prolonger le succès de la W201 et accompagner le renouvellement de la gamme du constructeur.
Avec ses nombreuses déclinaisons et ses innovations techniques, la série 124 devient un modèle essentiel pour Mercedes-Benz. Son lancement marque une étape importante dans l’évolution des berlines de la marque et dans la stratégie du constructeur pour les années suivantes. Sans l’intransigeance technique et la vision de Werner Breitschwerdt, la W124 n’aurait probablement pas eu cette réputation de « char d’assaut indestructible » au confort moderne. Il a su faire le pont entre la tradition de robustesse de la W123 et la modernité technologique qui a défini la Classe E.
Galerie : les premières études de la W124






